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TOUT SE PERD, RIEN NE SE CRÉE – UNE EXPOSITION PHOTO DE MICHEL PIQUETTE AU PLEASANT

Une nouvelle exposition photo de Michel Piquette sera présentée au Pleasant dès cet automne, et ce pour tout l’hiver. Cet exposition fait suite à une magnifique série présentée à la Galerie Art Mur de Montréal cet été.

VERNISSAGE – Dimanche 4 octobre 2015, 14h

SOUPER THÉMATIQUE PRÉ-VERNISSAGE – Samedi 3 octobre 2015, réservation requise

Le texte suivant, par Anaïs Castro, présente plus de détails sur l’exposition en décrivant la démarche artistique de Michel Piquette.

Michel Piquette : La dissymétrie du geste répété
Par Anaïs Castro

Dans sa trilogie intitulée Tout se perd, rien ne se crée, Michel Piquette s’intéresse aux mouvements de la ville. Se déclinant en trois recherches connexes, successivement Villes chromatiques, Reconstruction et Exode statique, l’artiste photographe explore les rythmes abstraits de l’espace urbain. La première partie de la série, présentée chez Art Mûr au printemps 2015, se veut un hommage au dynamisme et à l’effervescence nocturnes des grandes métropoles mondiales. Lors de divers périples, Piquette chercha à capter l’énergie d’une ville visitée dans un moment concis : son mouvement enivrant, sa complexité, ses lumières tout autant que ses couleurs. Les photographies prises ont ensuite été modifiées sur un programme informatique avant d’être imprimées sur aluminium, un matériau qui confère aux œuvres une luminosité et un dynamisme qui attisent la vision.

La comparaison entre chacune des parties de la trilogie se limite surtout à l’exploration du thème de l’urbanité et à la manipulation en postproduction utilisée pour définir les contours circulaires des œuvres. Si l’esthétisme des deux derniers chapitres est évidemment moins clinquant que celle du premier, c’est d’abord parce que les pièces ne sont plus imprimées sur une surface métallique comme il fut le cas initialement.

L’impression sur bois octroie aux œuvres du second acte une matérialité plus tangible ainsi qu’une référence à la flore que le vert, illuminant le cœur de leur composition, ne fait qu’amplifier. Le sujet de ce chapitre, les structures éphémères des chantiers de construction de la High Line à New York et d’édifices en devenir à Buenos Aires et à Puerto Madero, renvoie au paysage urbain en constante transformation, en continuelle régénération. Piquette représente la ville ici comme un organisme écologique vivant en perpétuelle mutation.

D’ailleurs, il est intéressant de remarquer que l’esthétisme des œuvres de Reconstruction rappelle l’iris de l’œil, outil principal du scientifique qui, comme le photographe, observe le monde à travers l’objectif de son appareil afin de l’étudier. Il y a, dans l’œuvre de Piquette, une préoccupation récurrente pour les phénomènes optiques que l’artiste aborde ici en effectuant un rapprochement entre les univers photographique et scientifique. Ce lien vers la science est notamment révélé dans le titre de la trilogie, renvoyant à la fameuse maxime d’Antoine Laurent Lavoisier.

À Buenos Aires, où la plupart des images de l’ultime acte de cette série ont été prises, Piquette a tourné son appareil photo vers le sol, immortalisant la texture rugueuse de l’asphalte et la ligne réfléchissante de la chaussée. De ce sujet qui, de prime abord, peut sembler monotone, Piquette réalise de saisissantes compositions visuelles. Toutes captées à des moments différents du jour, les photographies mettent en évidence l’ingestion de la lumière par le mortier : autant d’accents de jaunes et d’oranges dans les images prises en matinée que de roses et de violets dans celles saisies en fin de journée.

Exode statique aborde la monotonie et la redondance d’une vie urbaine ponctuée d’activités récurrentes : le fameux « métro-boulot-dodo. » Le passage incessant des trains à des horaires fixes, les bouchons de circulations aux heures de pointes qui laissent tout le loisir au captif d’observer la texture irrégulière de la surface bétonnée. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant de voir que le sujet de cette série, de par son utilisation de la route, réfère au transport. Ce sont les chemins parcourus répétitivement que l’artiste saisis en un mouvement arrêté.

Il y a quelque chose d’angoissant à la répétition. C’est que dans la réitération de l’acte se cache l’impression que les choses sont stagnantes, inertes et impotentes, voire même condamnées. Sur le plan subliminal, cela pourrait refléter notre condition humaine : vouée au redoublement, notre posture individuelle devient générique. Pourtant, deux choses ne peuvent se valoir parfaitement. C’est ce que la démarche de Piquette met de l’avant : les photographies de chacun des chapitres de la trilogie sont le résultat d’un même geste, d’un même sujet, mais face à leur diversité, force est de constater la singularité de chacune, de chaque chose.